Sondage post-netcampagne présidentielle : portrait de l’internaute politique hyper-actif
January 31st, 2008Mieux vaut tard que jamais, nous revenons dans ce billet sur une très intéressante étude publiée en début de mois par election-presidentielle.fr qui a réalisé un bilan original de la netcampagne présidentielle (en 3 parties : 1, 2 et 3).
Cette étude, portant sur quelques 1500 internautes s’étant inscrits pour participer au panel, présente naturellement le défaut de ses qualités, et inversement : sachant que les répondants sont d’emblée des internautes intéressés par la politique en ligne, il ne s’agît évidemment pas d’un échantillon représentatif de la population française. C’est cependant ce qui rend cette étude d’autant plus intéressante, car elle dresse pour une fois un bon profil de l’internaute-activiste politique, omniprésent durant la net-campagne, mais paradoxalement insaisissable.
Le résumé de l’étude, en 3 billets, mérite une lecture complète, mais voici néanmoins quelques observations-clés :
- Elle confirme ce qui était déjà connu mais peu entendu auparavant sur le profil socio-démographique très typé de l’internaute politique actif type : celui-ci manifeste un activisme politique en ligne d’autant plus élevé qu’il s’agît d’un homme, CSP+ et titulaire d’un diplôme supérieur. (A sa décharge, il n’est pas inutile d’objecter que cela correspond également au portrait de la majorité des jeunes trentenaires et quadras engagés personnellement ou professionnnellement dans la vie politique française).
- Bien qu’ils citent souvent internet comme première source d’information, l’étude souligne qu’ils ne se positionnent pas en marge du système médiatique et politique traditionnel, bien au contraire. C’est d’ailleurs là l’un des enseignements qui devrait faire réflechir tous ceux qui croient encore que les internautes les plus actifs en ligne en matière politique et sociale sont des marginaux anti-système : ceux-ci apparaissent au contraire comme des citoyens extrêmement bien intégrés à la vie civique. Ces citoyens engagés se manifestent tout autant off et online, et se seraient avant tout manifesté durant ces dernières échéances, pour soutenir les principaux partis républicains. Autant dire que les partis traditionnels ont pour le coup bien réussi à prendre pied sur la Toile après l’avoir dédaigné pendant de longues années.
- Pour aller plus loin dans la caricature à l’envers, ces internautes politiques les plus actifs manifestent des valeurs pétries de libéralisme économique (non-interventionnisme étatique) et également de libéralisme culturel (valeurs qui permettent souvent la collusion improbable sur la Toile entre des internautes libéraux et des internautes de gauche partageant la culture fondamentalement libertaire de l’internet). A moins que l’échantillon n’ait été totalement trusté par les partisans d’Alternative Libérale et les bayrouistes (souvent très friands des sondages en ligne), on ne s’étonnera donc pas que la net-campagne ait ainsi pu servir de caisse de résonnance pour leurs idées.
- C’est d’ailleurs l’une des conclusions les plus intéressantes de cette étude qui s’interroge sur la corrélation entre l’utilisation active d’internet durant la campagne et le vote Bayrou. Avec toutes les pincettes nécessaires, les auteurs de l’étude concluent ainsi à une prime électorale en faveur du leader centriste :
Le score de François Bayrou s’avère en effet d’autant plus élevé que les internautes ont manifesté un activisme politique fort au cours de la campagne présidentielle. A contrario, Nicolas Sarkozy obtient davantage de suffrages parmi les internautes les moins actifs. La proportion de votants pour Ségolène Royal apparaît quant à elle comparable dans chacun des trois groupes constitués. La candidature du leader centriste auraient donc bénéficié d’une « prime électorale » sur Internet.
Les auteurs promettent une nouvelle étude à l’occasion des municipales : on verra alors si cet internaute d’un genre un peu particulier s’éprend tout autant de politique locale.